Pourquoi la vie privée est importante et n'avoir rien à cacher est hors sujet

Posted in politique with tags vie privée NSA espionnage -

Note : ce texte est une traduction, le texte d’origine est

Les gouvernements d’Australie, d’Allemagne, du Royaume-Uni et des Etats-unis piétinent votre vie privée. Certaines personnes ne voient pas de problème …

“Je n’ai rien à cacher, pourquoi devrais-je m’en soucier ?”

Cela est sans importance que vous n’ayez “rien à cacher”. Le droit à la vie privée accordé aux personnes est ce qui étaye les libertés d’expression, d’association et de rassemblement, qui sont toutes essentielles pour une société libre et démocratique.

La déclaration de certains politiciens comme quoi “si vous n’avez rien à cacher alors vous n’avez rien à craindre” biaise intentionnellement le débat.

Ceci nous touche tous, nous devons nous en soucier.

Arguing that you don’t care about the right to privacy because you have nothing to hide is no different than saying you don’t care about free speech because you have nothing to say.

– Edward Snowden

Traduction :

Soutenir qu’on ne doit pas se soucier de la vie privée car on a rien à cacher n’est pas différent de dire qu’on ne se soucis pas de la liberté d’expression car on a rien à dire.

Vie privée et liberté

Une perte de la vie privée amène à une perte de liberté.

Votre liberté d’expression est menacée par la surveillance qu’on fait de votre usage d’internet – votre manière de penser et vos intentions peuvent êtres extrapolés (de façon juste ou non), et savoir que vous êtes surveillé peut vous rendre moins enclin à rechercher un sujet particulier. Une fois que vous avez perdu cette faculté, vos pensées peuvent dirigées dans une direction particulière. De façon similaire, quand ce que vous écrivez en ligne, ou ce que vous communiquez de façon privé aux autres, est surveillé, il en résulte une auto-censure, on perd le point de vue de l’autre et le développement des idées futurs est compromis.

Votre liberté d’association est menacé par la surveillance de vos communication en ligne et de votre téléphone. Et votre liberté de rassemblement est menacée par le suivi en permanence de votre position via votre téléphone portable. Peut-on se risquer de perdre les bénéfices des associations libres, les changements sociaux apportés par les activistes et autres militants ou encore le droit de manifester ?

Ces libertés sont érodées, en ce moment même. Les effets vont s’amplifier au cours du temps, car chaque échec à exercer nos libertés se fonde sur le précédent et de plus en plus de personnes vont s’inhiber.

Agrégation

Des bouts d’information que vous pensiez ne pas avoir besoin de cacher peuvent être agrégés en un profil très explicite, ce qui peut inclure des choses que vous souhaitiez cacher.

Dans le cas de la rétention des données en Australie, nous avons abandonné notre droit à la vie privée et nous partageons en flux continu

  • nous allons,
  • qui nous contactons et quand,
  • et ce que nous faisons sur internet.

Avec une toute petite portion de ces données, avec des logiciels du commerce et sur leur temps libre, des lecteurs d’ABC News ont trouvé la maison de Will Ockenden, son lieu de travail et la maison de ses parents.

L’intrusion devient d’autant plus spectaculaire quand on considère les données sur l’ensemble de la population, le budget massif du agences de renseignement formant le Five Eyes, et les progrès continus dans le domaine de l’intelligence artificielle et du big data.

Vos interactions avec le monde qui vous entoure peuvent révéler vos opinions politiques et religieuses, vos désirs, vos convictions , des choses dont vous même n’êtes pas conscient (et ils peuvent avoir tord !).

Avec assez de temps et de donnés, votre comportement peut même être prédit.

Inhibition personnelle

Quand vous prenez conscience de l’étendue de la surveillance qui pèse sur vous, vous commencez à changer votre comportement – vous n’exercez plus certaines libertés.

Vous pourriez réfléchir à deux fois avant :

  • contacter ou rencontrer des personnes (exercer votre liberté d’association) si vous pensez que ces personnes peuvent devenir des “personnes ciblées” par l’état, ou si vous pensez que des algorithmes peuvent en décider ainsi dans le futur, étant donné que vous savez que votre association avec eux est retenue pour au moins deux ans et peut être analysée

  • venir au même endroit qu’un groupe de gens sous surveillance (exercer votre liberté de réunion). Participeriez vous à une manifestation, sachant que vous serez à jamais lié à ce que le gouvernement australien appelle appelé un mouvement “milicien” de saboteurs économique?

  • participer dans une quelconque activité qui vous fera apparaitre suspect dans l’analyse des données– même si vous savez que vous êtes innocent. Cela pourrait être ne pas écrire sur un sujet sur internet, ne pas visiter certains sites web, ou encore ne pas acheter certains livres – exercer votre liberté d’expression en somme.

Inhibition sociétale

Le résultat combiné des ces arrières pensés au travers de la population a un effet inhibiteur sur de nombreuses activités essentielles pour une démocratie efficace : militantisme, journalisme et débat politique entre autre.

Nous bénéficions des progrès qui se réalisent quand des militants, journalistes et la société dans son ensemble sont capable de s’engager librement dans des débats politiques en désaccord avec ce qui se fait. Une part importante des changement du siècle dernier n’ont été possible qu’avec ces libertés. Par exemple, le referendum de 1967 sur l’inclusion des Australiens indigènes dans le census, et l’autorisation du gouvernement fédéral à faire des lois spécialement pour les indigènes n’ont été possible que par un militantisme soutenu dans les années 1950 et 1960.

Malheureusement, nous sommes déjà en train de nous auto-censurer. Une étude de 2013 sur les écrivains américains montre qu’après les révélations sur le programme de surveillance globale de la NSA, 1 écrivain sur 6 a évité d’écrire sur un sujet qui pourrait l’amener à être la cible des programmes de surveillance, et une autre fraction de 1 sur 6 a sérieusement considéré de le faire aussi.

Ask yourself: at every point in history, who suffers the most from unjustified surveillance? It is not the privileged, but the vulnerable. Surveillance is not about safety, it’s about power. It’s about control.

– Edward Snowden

Traduction :

Posez vous la question : à chaque moment de l’histoire, qui souffre le plus de la surveillance injustifiée ? Ce n’est pas l’élite, mais les plus faibles. La surveillance n’est pas une question de sécurité, mais de pouvoir. Il s’agit de contrôle.

Mauvais usage et détournement

En créant des bases et des systèmes faciles d’accès vers des données personnelles révélatrices de nous même, nous augmentons la portée de la surveillance de masse et ainsi la porté des violations de nos droits de l’homme.

L’Allemagne de l’Est est le cas le plus extrême de surveillance étatique dans l’histoire. La Stasi – sa fameuse agence de surveillance – employa plus de 90 000 espions et eu un réseau d’au moins 174 000 informateurs. La Stasi gardait méticuleusement des fichiers sur des milliers de citoyens innocents et utilisait ces informations pour les harceler, les faire chanter ou discréditer ceux devenus dissidents. Mais ca c’était avant qu’internet n’existe. En parlant des systèmes actuels de la NSA de surveillance, un ancien lieutenant colonel de la Stasi déclara que: “pour nous, cela aurait été un rêve devenu réalité”.

Même en mettant de côté le risque systématique de mauvais usage par l’état, nous savons qu’en Australie 2500 “fouineurs” qui ont un accès illimité à nos données sont sujet à de la “curiosité professionnelle”, des valeurs troubles, et restent avant tout humain, ils feront des erreurs et pourront êtres la cible de social engineering, de chantage ou encore cédér à la corruption.

Ceci est le plus dangereux pour les personnes les plus vulnérables. Par exemple, si votre ancien compagnon/compagne est violent(e) ou agressif/agressive, votre vie pourrait être mise en danger si jamais il/elle a accès à ces informations

Prise de risque

Nos “vies digitales” sont des reflets précis de nos véritables vies. Nos relevés téléphoniques montrent où nous allons et qui nous appelons, et une analyse de notre historique sur internet peut tout révéler presque tout sur nous et ce qui nous importe.

Même si nous croyons dans les motifs des gouvernements actuels et de chaque personne autorisée à accéder à nos données, nous prenons un risque incroyable. Les systèmes des surveillance qui s’enracinent en ce moment peuvent être détournés pour d’autres fins par de futurs gouvernements, des agences de renseignement étrangères, des agents doubles ou des hackers opportunistes.

Plus nous avons de données, plus le potentiel est dévastateur.

Érosion graduelle

Chaque système de surveillance et d’intrusion que nous introduisons érode notre vie privé et nous pousse de plus en plus loin d’une société libre.

Bien que vous n’ayez peut être pas encore constaté l’impact, votre vie privée a déjà été érodée. Si nous continuons sur ce chemin, donnant de plus en plus de pouvoir à nos système de surveillance, ce qui fût par le passé notre vie privée sera réduite à néant et les libertés que nous prenions pour acquise cesseront d’exister.

Au fur et à mesure que la technologie avance, on nous présente un choix : va-t-elle continuer à offrir à la société un bénéfice globale, ou alors allons nous autoriser son utilisation comme outil d’intrusion totale dans nos vies ?

Privacy is rarely lost in one fell swoop. It is usually eroded over time, little bits dissolving almost imperceptibly until we finally begin to notice how much is gone.

Why Privacy Matters Even if You Have ‘Nothing to Hide’, Daniel J. Solove

La vie privée est rarement perdue en seul grand mouvement. D’habitude elle s’érode à travers le temps, des petits bouts se dissolvant de façon imperceptible jusqu’à ce que nous commencions enfin à réaliser combien est vraiment parti.

Et ensuite ?

Les gouvernements de l’Australie, la Nouvelle Zélande, du Canada, et des USA ainsi que d’autres sont prêts à faire un grand pas dans la mauvaise direction avec le TPP (Trans-Pacific Partnership). L’EFF explique pourquoi le TPP est une énorme menace pour notre vie privée et nos autres droits.



Written by Davidbrcz